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Quand le touriste devient l’attraction

Quand le touriste devient l’attraction


 

Le deuxième jour, nous avons quitté Bangalore pour aller visiter les ruines de Vijayanagara. À notre arrivée, nous avons pris un transport pour nous rendre au petit village de Kamalapur, qui, soit dit en passant, est assez isolé… donc très peu d’Occidentaux en vue.

En chemin, crevaison. Arrêt forcé sur le bord de la route, en pleine chaleur, avec pas grand-chose à faire… sinon attendre.

Mais l’attente n’a pas duré longtemps.

À peine arrêtés, quelques lycéennes qui passaient par là ont aperçu Sylvie. Et là, scène inattendue : elles étaient littéralement pâmées devant elle. Petits cris, regards émerveillés, un peu de gêne… puis très vite, elles se sont approchées.

« Photo? Photo? »

En quelques secondes, Sylvie s’est retrouvée entourée, comme une vedette en tournée improvisée au bord d’une route poussiéreuse. Les téléphones sont sortis, les sourires aussi, et chacune voulait sa photo avec elle.

Moi, pendant ce temps-là, j’assistais à la scène… un peu amusé, un peu oublié, mais surtout témoin d’un moment complètement improbable.

Le phénomène des selfies – omniprésent

Le lendemain matin, nous sommes partis à pied vers les ruines de Vijayanagara. À peine avions-nous mis les pieds sur le site qu’une centaine d’écolières nous ont salués d’un grand sourire.

Mais ce n’était que le début.

Très vite, des familles entières se sont jointes à la scène : enfants, femmes, hommes… tout le monde voulait être sur une photo avec nous. On avançait à peine, arrêtés à chaque quelques pas par un nouveau groupe enthousiaste.

« One photo? »

Puis une autre. Et une autre.

À un moment donné, on ne savait même plus où regarder. Les téléphones sortaient de partout, les gens se plaçaient à nos côtés comme si c’était la chose la plus naturelle au monde.

On était venus visiter des ruines… et finalement, c’est nous qui étions devenus l’attraction principale.

Ça devenait de plus en plus… improbable.

Des parents forçaient presque leurs enfants, un peu craintifs, à venir prendre une photo avec nous. On voyait bien que certains petits n’étaient pas trop sûrs de l’idée, mais bon… difficile de dire non devant toute la famille qui insiste.

Et puis, il y a eu ce moment.

Un père s’approche de moi, tout sourire… et sans trop prévenir, me dépose carrément un bébé d’à peine deux ans dans les bras. La petite, elle, n’était pas du tout du même avis : en pleurs, complètement paniqué, comme si je venais de débarquer d’une autre planète.

Et là… photo.

Sauf que moi, impossible de rester sérieux — j’éclate de rire devant cette scène complètement improbable, pendant que le père, lui, est tout fier du résultat.

À ce moment-là, je me suis dit qu’on avait officiellement changé de rôle : on n’était plus des touristes… on était devenus une attraction ambulante. (La photo de gauche le dit bien : le petit frère, lui, n’a pas l’air de trouver l’idée de son père si géniale 😄)

Derrière les selfies

Dans les grandes villes comme Mumbai ou Delhi, voir des Occidentaux est devenu banal. Mais dans des endroits plus reculés comme Hampi, c’est une tout autre histoire. Les étrangers y sont rares… même très rares. À notre guesthouse, nous n’avons croisé qu’un seul Occidental pendant tout notre séjour — ce qui en dit long sur le coin où nous étions.

Ils semblaient fascinés, à la fois curieux et enthousiastes, comme si notre simple présence transformait leur journée en petit événement. Chaque échange devenait une occasion de sourire, de rire… et bien sûr, de prendre une photo.

Avec le recul, on comprend aussi que tout ça ne sort pas de nulle part. L’Inde a été colonisée par les Britanniques jusqu’en 1947, et cette période a laissé des traces dans l’imaginaire collectif. L’Occident est parfois encore associé au pouvoir, à la richesse ou à une certaine idée de modernité. Et, dans certains contextes, la peau claire peut être perçue comme plus « prestigieuse », influencée à la fois par l’histoire et par les médias.

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